Un article de Rosemary Low :
www.parrots.org/pdfs/all_about_parrots/ ... earing.pdf
Le bien-être des perroquets et la surproduction sont intimement liés. Personne ne peut nier que la surproduction se traduit par des prix à la baisse, plus d'oiseaux non désirés et des éleveurs pressés de vendre à n'importe qui. De nombreux perroquets sont vendus sans égard, par des éleveurs qui ont besoin d'espace ou d'argent pour financer l’entretien de leurs oiseaux. Ils sont vendus indifféremment à des animaleries ou à des vendeurs parce que, franchement, la plupart des éleveurs ne se soucient aucunement du devenir des oiseaux. Seul l'argent compte.
Malheureusement, il en a toujours été ainsi, mais il y a quelques années, il était plus facile de trouver un nouveau foyer pour ces oiseaux. Maintenant, il y a tellement d'oiseaux dans cette situation (en partie à la suite d'un achat impulsif) que seule une fraction de ces oiseaux trouve une nouvelle famille. Dans l’industrie, s’il n’y a pas de demande pour un produit ou que les prix baissent à cause de la surproduction, la production arrête. Pourtant, les éleveurs de perroquets semblent pour la plupart totalement indifférents au fait que, s’ils ne parviennent pas à vendre leur oisillons ou à les vendre à un prix intéressant, c’est parce qu’ils en élèvent trop.
L'élevage à la main (EAM) est à blâmer en ce qui concerne les plus grandes espèces, de même que l'étrange notion que les oiseaux élevés par leurs parents (EPP) ne font pas de bons oiseaux de compagnie. Ce qui m'attriste le plus, c'est que beaucoup de ces perroquets EAM ne réaliseront jamais leur potentiel d'adorables et aimants animaux de compagnie vivant dans la même famille leur vie entière ou du moins, jusqu’au décès de leur maître. Dans beaucoup de cas, notamment celui des cacatoès, ces pauvres perroquets sont sevrés trop vite. Cela veut dire qu'ils deviennent anxieux et exigeants et qu'ils sont déjà inadaptés psychologiquement.
Les nouveaux propriétaires déchantent très vite devant de tels oiseaux qui demandent constamment leur attention, crient et refusent de s'alimenter. Même les espèces qui se sèvrent plus hâtivement que les cacatoès, comme le gris d'Afrique, peuvent ne pas être sevrées complètement quand elles sont vendues à des gens sans méfiance ou à des animaleries. Certains oiseaux en meurent, d'autres développent de sérieux problèmes de comportement.
De nombreux éleveurs refusent d'accepter le fait que, dans la nature, le sevrage de nombreuses espèces prend beaucoup de temps. Ces éleveurs sont ignorants ou refusent de prolonger les soins durant quelques semaines de plus, parfois des mois. De toute évidence, de tels éleveurs ne devraient pas faire d'EAM.
Mortalité des oisillons
Les éleveurs ne veulent pas que les parents élèvent leurs bébés pour deux raisons. D'une part, parce que des parents sans expérience peuvent contribuer à la mort des oisillons et, d'autre part, parce la demande d‘oisillons EPP comme animal de compagnie est faible, voire nulle. Aucun de ces problèmes n’est insurmontable, comme je vais l'expliquer plus loin.
Je voudrais d’abord expliquer pourquoi l‘EPP est préférable à l’EAM.
1. L’EPP réduit le nombre de perroquets élevés quand l’offre excède la demande. Les prix sont maintenus et moins de perroquets sont abandonnés.
2. Beaucoup d’éleveurs soucieux de faire plus de profit enlèvent les œufs pour les mettre en incubateur et épuisent les femelles en les obligeant à pondre trois ou quatre fois par an. Cette pratique serait impossible sans la technique de l’EAM. Les éleveurs ne tiennent jamais compte des ravages psychologiques que le retrait des œufs ou des oisillons cause aux parents. Les priver en tout temps du bonheur de prendre soin de leurs bébés est cruel. Réduire un animal si intelligent et sensible au statut de machine à fabriquer des œufs est, selon moi, un des pires aspects de l’aviculture. Et c'est aussi un argument contre la possession d'oiseaux exotiques. Les perroquets sont plus sensibles que la plupart des oiseaux aux événements perturbants sur le plan émotionnel. C'est pourquoi le picage est si répandu dans cette espèce en général, alors qu’il est rare chez les autres espèces d'oiseaux. Ce comportement se compare à celui d'un humain qui s'arracherait les cheveux par frustration. Ces pauvres oiseaux sont à la merci de leurs geôliers.
3. Les parents qui élèvent leurs bébés sont occupés pendant des semaines, voire des mois selon l'espèce. Ils ont besoin de cette activité. Pour eux, élever des oisillons brise la monotonie des jours, des semaines et des années. En effet, l'ennui et le manque de stimulation sont de vrais problèmes pour toutes les espèces intelligentes. Beaucoup de perroquets adorent la vie en famille et la plupart des propriétaires ont beaucoup de plaisir à voir évoluer des groupes familiaux en volière. (Je parle ici de grandes volières et non de petites cages suspendues où le manque d'espace peut occasionner de l'agressivité.)
4. Beaucoup d’oiseaux EAM sont inaptes à la reproduction et on ne compte plus les mâles cacatoès qui sont des tueurs en série. Bien entendu, un oiseau EAM pourrait se reproduire comme les autres, mais le problème c’est qu’il n’a pas été socialisé durant l’enfance. La plupart de ces oiseaux sont séparés de leurs congénères durant ou avant le sevrage, de sorte qu’ils sont souvent incapables de se comporter normalement en présence d’oiseaux de leur espèce quand on tente de les reproduire plus tard. Certains sont confus sur leur propre identité et ne peuvent s’attacher qu’aux humains.
5. Vanter les charmes d'un cacatoès, d'un ara ou d'autres espèces de perroquets EAM entraîne l'achat d’oiseaux par des gens sans expérience avec les perroquets (ou les oiseaux tout court). Ces personnes ne sont pas préparées pour vivre avec un animal aussi exigeant et complexe sur le plan émotionnel. Comme l’acheteur ne peut pas faire face à la situation, les perroquets vont de famille en famille. Beaucoup de ces gens qui n'auraient ni le temps ni la patience d'apprivoiser un perroquet achètent un oiseau EAM alors même qu’ils n’ont pas le temps, la patience et le cœur de lui donner des soins attentionnés.
6. Les gens sans expérience qui ne comprennent pas les problèmes reliés à l’EAM commencent souvent avec un gris, un cacatoès ou encore un ara. Malheureusement, ils se retrouvent souvent avec des oiseaux atteints de rachitisme ou de brûlures du jabot. Trop souvent, le vétérinaire ne peut qu‘euthanasier l’oiseau après une courte vie de souffrance. Ceux qui tiennent à élever eux-mêmes leur perroquet devraient commencer avec des espèces plus petites (mais pas les perruches ou les calopsittes, car ce ne sont pas les espèces les plus faciles à nourrir).
Je ne veux pas dire qu'aucun perroquet ne devrait être nourri à la main. Je veux dire que c'est immoral de saturer le marché des oiseaux EAM avec des espèces comme les cacatoès, les aras et les gris qui vivent plus de cinquante ans. Relativement peu de personnes prendront bien soin de tels oiseaux durant longtemps. Il est beaucoup plus logique (quoique moins lucratif, mais beaucoup moins chronophage) de mettre sur le marché des oiseaux comme les conures à joues vertes ou à couronne bleue car, si ces oiseaux vivent assez longtemps (20 à 30 ans), ils sont beaucoup plus faciles à replacer si un problème survient dans la famille.
Alors, comment persuader les éleveurs de laisser les parents élever leurs bébés? Premièrement, ils doivent réaliser que la majorité des perroquets vont s'occuper de leurs oisillons s’ils sont dans un milieu relativement peu stressant et s’ils sont bien nourris et à profusion. La santé des oisillons dépend d'un apport équilibré de calcium et de phosphore alimentaire. Or, les deux grands facteurs d'échec de l’EPP relèvent sans doute de la santé et de l’alimentation : une nourriture de mauvaise qualité ou insuffisante, des nourrissages trop espacés, ainsi que les maladies transmises par les parents sont souvent responsables de cet échec. La mort d'oisillons est souvent causée par une infection bactérienne (possiblement à cause de la malpropreté du nid) ou virale telle que le polyome. Les éleveurs devraient consulter plus souvent un vétérinaire aviaire pour dépister les maladies potentiellement mortelles, et éliminer les parents porteurs de ces maladies.
Inspection quotidienne du nid
Pour favoriser le succès de l’EPP, il faut vérifier ce qui se passe au nid. Les caméras peuvent être très utiles, mais ne révèlent pas tout. La manipulation de l’oisillon fournit des informations vitales. Cependant, les parents doivent être habitués aux inspections journalières du nid (lorsque la couvée est complète). Il faut connaître le tempérament de chaque oiseau et sa réaction à l'inspection du nid.
La manipulation quotidienne des oisillons au nid jusqu’au trois quarts de la période durant laquelle ils sont nourris par leur parents (au-delà de cette période cela devient trop difficile) est nécessaire pour deux grandes raisons : premièrement, la manipulation et la pesée quotidiennes permettent d’évaluer l’état de santé de l’oisillon. On s’assure ainsi de reconnaître à temps les oisillons qui doivent être retirés du nid pour être nourris à la main ou subir un traitement quelconque. Les éleveurs attentifs trouvent rarement un oisillon mort dans le nid, sauf en cas d’accident. Ils sont capables de reconnaître les premiers signes de détérioration de la santé et du développement.
Deuxièmement, les oisillons manipulés régulièrement au nid sont plus faciles à apprivoiser que ceux qui ne le sont pas. La facilité à apprivoiser un perroquet EPP dépend des éléments suivants :
Si les parents sont calmes, se laissent approcher et ne sont pas nerveux, les jeunes oiseaux n’auront aucune raison d’être nerveux.
Le fait de retirer le jeune perroquet du nid alors qu’il est sevré (capable de se nourrir seul et d’être séparé des parents sans traumatisme émotionnel), pour le garder dans une cage spacieuse dans la partie la plus animée de la maison. Il ne faut pas le manipuler contre son gré. Lorsqu’il sera prêt, il viendra à vous.
La personnalité du perroquet compte. Certains perroquets, y compris beaucoup d’oiseaux EAM, n’ont pas la capacité de devenir des oiseaux de compagnie.
Apprivoiser un jeune perroquet EPP est très gratifiant et satisfaisant. De plus, un tel perroquet sera habituellement équilibré du point de vue émotionnel, plus en mesure de s’amuser en votre absence, moins susceptible de se piquer en cas de stress et moins tenté de vous dominer. Aussi, il coûtera moins cher qu’un perroquet EAM et vous aurez la satisfaction de savoir que ses parents ont eu la possibilité de prendre soin de lui.
Cependant, celui ou celle qui achète un perroquet EPP devrait avoir la preuve que cet oiseau n’a pas été capturé en nature, ou avoir les connaissances ou les moyens d’établir ce fait. En effet, des Amazones aourous et des Amazones poudrées, ainsi que certains Aras et Caïques, sont encore importés directement de Guyanne, et d’innombrables Gris capturés en nature sont importés de Belgique. Aucun membre du World Parrot Trust ne va alimenter ce commerce, mais je demanderais aux membres de dire aux gens qui leur demandent conseil de ne jamais acheter d’oiseau capturé en nature.
Pour en revenir à l’élevage en captivité, l’incompréhension et l’abandon des perroquets est en bonne partie la faute des éleveurs. Ces derniers produisent des perroquets sans penser aux conséquences de leurs gestes. Certains aviculteurs consciencieux et préoccupés par cette situation ont déjà renoncé à élever des perroquets ou n’en élèvent qu’à la demande expresse de quelques personnes qui sauront s’en occuper. Ceux-là aiment vraiment les perroquets.
La raison souvent invoquée pour justifier l’élevage des perroquets les plus rares, soit « pour empêcher leur extinction », n’est plus crédible. Il y a maintenant trop de maladies graves chez les perroquets gardés en captivité pour autoriser leur remise en liberté et risquer d’exterminer les populations sauvages. En tout cas, il y a trop de dangers dans les habitats naturels (ou ce qui en reste) pour assurer le succès de leur remise en nature dans la plupart des cas. Avis aux éleveurs : ne vous leurrez pas sur les véritables raisons qui vous poussent à produire des perroquets rares...
PsittaScene, Volume 13, No 1, Février 2001
Traduction libre revue et corrigé par Myrgag
©Révision par Myriam Gagnon, M.A.tra., trad.a. (4 octobre 2011).