Chers amis du forum, j'ai le profond regret de vous annoncer que ça ne s'est pas passé comme nous l'espérions, vous et moi.
Si la tumeur de Charlotte ne luisait plus, c'est parce qu'il n'y avait plus de peau dessus, on était directement sur la masse (composée de cellules cancéreuses de type musculaire) dont la surface s'était déssechée. La nécrose avançait tout le tour et à la base. L'absence de toute amélioration indiquait qu'on avait affaire à un processus malin, et on avait de moins en moins de solutions à me proposer. Et aucune qui puisse apporter la guérison.
D'abord, exit la prednisone, car elle nuit à la formation de la peau sur la plaie et rend plus vulnérable aux infections. Et puis elle n'a pas eu d'effet sur la croissance tumorale. J'ai eu la berlue, l'aile n'était ni plus ni moins écartée qu'au début. Donc on aurait pu passer au metacam, mais uniquement pour soulager. Ensuite, hydrothérapie : quotidienne, deux fois par jour, faire couler de l'eau fraîche sur une plaie à vif... mais à quelle fin? Et quel combat pour faire tenir Charlotte en place, elle qui est si agressive, j'avais déjà toutes les peines du monde à l'immobiliser pour lui donner ses médicaments ou l'examiner. Charlotte était condamnée de toutes façons, elle avait commencé à perdre du poids.
Je vous avoue que je n'ai jamais envisagé de lui faire subir l'ablation de l'aile, ça me semble trop agressif comme traitement - sans parler des limitations qui suivent. Comme Charlotte a toujours résisté à toute forme de manipulation, j'entrevoyais le reste de sa vie comme une succession pénible de séances de torture que j'aurais à lui infliger moi-même tout en la voyant dépérir. Je n'ai pas cet entêtement-là et je ne suis pas capable de voir un animal souffrir en vain.
J'ai donc pris la décision ultime, le coeur lourd et la conscience tenaillée, car je me demande toujours si je prends la décision pour elle ou pour moi, pour m'éviter de la voir souffrir, de lui faire subir ces manipulations, m'éviter de penser à elle.
Charlotte est revenue hier soir à la maison, dans une petite boite blanche... Ça m'a pris du temps pour ouvrir la boite, pour réaliser que c'était fait, que c'est irrémédiable. Alors soyez gentil, ne me jugez pas trop, je suis moi-même consternée, je voudrais remonter le temps, retourner en novembre alors que tout permettait de croire que Charlotte avait encore de nombreuses années devant elle...
