Voilà une petite prose sans prétention que j'avais écrite l'an dernier, en m'inspirant d'un oiseau que je trouve admirable, le carouge à épaulettes.
Caractériel, très caractériel est monsieur le carouge, dans son habit aux couleurs diaboliques. Sur sa longue tige de roseau qui tangue sous son poids, monsieur époumonne une barrière auditive menaçante de mise en garde.
Quiconque la franchiera méritera une poursuite tenace en guise de leçon à cet audacieux affront. Monsieur, dans sa livrée de spectacle, ne tolèrera pas l’effronterie sur son grand domaine privé.
En guise d’avertissement, il déploiera fièrement ses ailes pour exhiber le rouge écarlate de ses épaulettes, rappelant étrangement celles d’un colonel de guerre.
Père de famille protecteur, il veillera toute la belle saison sur sa progéniture et sa belle dulciné, tout aussi caractérielle que lui.
Plus discrète, dans son costume strié tel un bouquet de roseaux, madame n’en est pas moins une défenderesse acharnée et convainquante. Elle sait user de sa voix perçante avec des crépitements qui alertent en un instant toute la colonie.
Le maître corbeau et le respectable busard évitent le domaine des fières carouges, au risque de se faire attaquer par des petits soldats fort tenaces, qui houspillent sur des mètres et des mètres, sans même une lueur de peur au creux d’yeux flambants noirs.
Une fois les petits carougeaux devenus grands et forts, les colonels quittent le marais-forteresse et perdent leur plumage menaçant pour se fondre parmi les femelles.
Au retour du printemps, pères et fils reviendront au marais les premiers, en uniforme traditionnel, attendant le retour des dames, et ils se disputeront une parcelle du domaine comme seul savent le faire les carouges; par la ténacité et la force.
J’ai toujours beaucoup admiré la ténacité de ces petits passereaux. Quand j’avais 12 ans, alors que je farfouillais dans un marais près de chez moi, où un carouge avait élu domicile. J’avais d’ailleurs eu la frousse, car un carouge téméraire me rasait la tête en vol dès que j’avais le dos tourné, me faisant sursauter sans arrêt. Sa femelle non loin, cachée dans les roseaux, hurlait sans arrêt, motivant son homme à redoubler les attaques! J’ai été étonné par leur travail d’équipe!
Pierre Morency m’inspire énormément, il fait partie des piliers de ma passion pour les oiseaux et je l’adore. Voici un court passage qu’il avait écrit sur les carouges (en parlant du Busard Saint-Martin):
“On est porté à croire qu’un tueur aussi efficace fait à tout coup place nette devant lui. Allez-y voir! Quand il survient dans la batture, au moment où nichent les carouges à epaulettes, il est tout de suite assailli par un commando de mâles aux ailes enflammées qui le houspillent tant et si bien qu’une fois sur deux le prédateur déclare forfait.” Pierre Morency, Lumière des Oiseaux, édition Boréal/Seuil
Voilà mon petit hommage au carouge.
Merci de votre passage!












