LA LEGENDE DES POELES
A poil ! à poële, à poêle ?
Un poil ? Lequel ? Quel poêle ?
L'hiver un poêle me chauffe. Et alors ?
Et puis j'ai le poil fin. Mais bon, qui s'en soucie ?
Donc soyons clairs, factuels et comme souvent : précis,
C'est de poëles culinaires qu'on parlera ici.
Je me souviens qu'alors que j'avais dix - douze ans
Je découvris Mamie, un beau jour à Cravans,
Qui jetait au rebut toutes ses poëles de fer.
Comme ça, sans s'en faire.
Elle en avait beaucoup : immenses ou petites,
Ovales ou carrées, toutes d'un noir anthracite.
Pour sauver nos santés, il y avait poëlicide !
Ainsi que l'expliquaient avec force et amour
Des gens bien conseillés par Dupont de Nemours(1) :
Manger dans de telles poëles était comme un suicide.
Puis en visite à Nantes, chez mon autre grand-mère,
Je découvris qu'aussi, dans ces années soixante,
On bannissait partout la vieille poêle de fer,
Au profit d'une chose plus saine et innovante.
Elle arrivait ainsi, la belle poële revétue
Juste pour nous protéger des horribles cancers
Que nous communiquaient les vieilles poëles en fer
Oui, c'était scientifique et parfaitement connu ...
Des études prouvaient que la poêle à l'antique
Dans son fond culotté et poli par l'usage
Hébergeait un poison, un venin diabolique :
Des hydrates de carbone ! Dangereux et sauvages !
C'était l'explication : on en parlait à table.
'lors qu'avec la nouvelle, toute anti-adhérente
On cuisinait moderne, rapide et délectable.
Même le blanc d'oeuf froid, le sucre, ou toute erreur flagrante !
Ben ça n'attachait pas. Jamais ! Rien ! Même du lait !!!
'lors qu'avec la vieille poêle le poison remontait.
Il teintait le légume, la viande et le poisson
Il s'infiltrait dans tout au fil de la cuisson.
Et comme des savants découvraient le cancer,
Et que certains d'entre eux supposaient comme cause
Que quelques sucres cuits ... parfois, selon la dose ...
Go ! songea le poele-boss, c'est sûr, ça va le faire !
A fond sur cette idée ... misons gros sur ce doute.
Pour douter ça douta. Ils furent même si forts
Que ça ne douta plus : "Vieille poële égale mort !"
J'en fus tout convaincu. Moi comme tous les autres.
... vaincu jusqu'à vingt ans : où je fis la rencontre
Au détour d'un périple de Lozère en Ardèche
Parmi les baba-cools et les fumeurs de shit
D'un genre de gourou qui magnifiait sa dèche
En déconsommant tout, en tuant les business-mythes.
C'était un drôle d'humain : face rhomboèdrique,
Nez tordu aquilin, bras et jambes immenses
Sur un tronc famélique : un look arachnéen.
Vrai non-manipulable, authentique scientifique,
Grand praticien du doute : "systématique-intense"
Comme il aimait à dire à tous ses lycéens.
Chez lui et sa compagne, je logeais quelques jours
On mangeait des légumes engraissés au compost.
De fruits et de verdures on fit un holocauste
C'est lui qui cuisinait : avec science et amour.
Dans une poële noire, il me montra d'abord
Que jamais rien n'attache, pas même l'oeuf au plat
Créant un premier doute, qu'ensuite il décupla,
Avec quelques extraits de thèses et de doctes mémoires,
Desquels se dégageait que l'argument cancer
Qui fait jeter les noires et racheter en truc-fal
N'était bien que du vent : du pipo commercial
Fruit tout tripatouillé d'un lobbying d'enfer.
Je le mis au défi ! ... "Ok, oui, mais du lait ?
Ca attache quand même, dans une poêle en fer ???"
Ca le fit rire un peu ... voire même rigoler ...
"Mais quelle est la recette où il faudrait le faire ?"
Les années ont passé. Et j'ai été chimiste ...
... puis informaticien, fuyant la chimie sale.
Découvrant qu'en nos poëles l'intérieur se délitte,
Avec le temps, le chaud et autres faits causals.
J'appris même qu'il pouvait être cancérigène.
Les doutes étaient permis de craintes pathogènes.
Les amis des perruches et des gris du Gabon
Constatèrent des morts de leurs psittacidés
Jamais ces beaux oiseaux ne se sont suicidés
Mais ils cotoyaient tous ce merveilleux Téflon.
Où trouver maintenant des poëles non revétues ?
Elles sont rares et chéres, car contre tous les doutes
Le lobby a oeuvré, trouvé des trucs qui tuent
Comme le "plonplon durci" ou thermorési...prout !
Et nos supermarchés, nos mille boutiques
N'ont que du revétu, s'étonnent de mes critiques.
Mais moi je ne possède, j'en ai fait un principe,
Ni antiadhérentes, ni spatules adéquates,
J'ai de l'acier bien noir culotté comme une pipe
Et de l'inox épais avec fond multistrates.
J'attends venir le jour où comme pour l'amiante
Ou les substances "Reach", ou le bisphénol A,
Comme pour les PCB, ou bien les HCA,
Viendra enfin le temps des vraies remises en cause
Que des autorités pensent mais jamais n'osent.
On nous dira penaud de jeter sans attente
Toutes nos vieilles poëles de ce truc revètues ...
... Qu'il faudra remplacer derechef et dare-dare
Par des biologiques et saines poëles noires
La boucle sera bouclée : on l'aura eu dans le but.
Quelques petits garçons demeureront frappés
De voir leur entourage jeter ces ustensiles.
Des mamies économes, pour sauver la santé
Des leurs petits enfants, aimés et si fragiles,
Achéteront bientôt les mêmes poëles en fer
Que leurs grand-mères jetaient pour sauver et bien faire.
Quelle morales tirer de cette absurde histoire
Où chaque cinquante ans les poêles sont jetées
Avec le même motif ... disons : épilatoire
D'un risque de cancer : imminent, annoncé ?
D'abord que quand un risque est partout agité
Il faut s'interroger si ça pousse à acheter ;
Et plus généralement que si le doute t'habite
Ca peut te protéger de risques sodomites.
Car quoi d'autre ont visé les lobbys de tout poil
Comme celui qui sut nous vendre tant de poêles ?
(1)
C'est la société américaine Du Pont de Nemours qui commercialisa à partir des années 1960 une matière plastique de la famille des "tétrafluoroéthylène": le Teflon.
La société française Tefal fut la première à mettre au point une technique de collage du teflon sur le métal, basée sur la rugosité.
Technique paradoxale puisque justement, le téflon ne collait à rien.
Dans les récipients de cuisine, les revètements anti-adhérents se dégradent de deux manières : les rayures et la chaleur. Ce sont en fait des produits très fragiles qui
exigent l'utilisation d'instruments doux (en bois ou en plastique) et ne supportent que des chaleur très douces (de l'ordre de 150°C). Ces conditions n'existent qu'en laboratoire.
Dans la vraie vie des vraies familles, le révètement est très vite rayé car on utilise en cusinant des fourchettes et autres instruments "non-doux" et on nettoie avec des produits et instruments abrasifs (éponges grattantes). Mais surtout le revètement se
décompose à cause de la chaleur. Dès 200°C et surtout à partir de 400°C (température très facilement dépassée sur n'importe quelle cuisinière à flamme ou à plaque), le revètement dégage des gaz fluorés très nocifs (gaz PF).
Par exemple, le simple fait de faire des frites (180°C à 200°C) dans une poêle revètue dégagera des gaz fluorés. Pire ! Oublier une poêle ou une casserole qui préchauffe (à qui n'est-ce jamais arrivé ?) revient à gazer sa cuisine. Il faudrait après cela jeter l'ustensile. Chose que très peu de gens feront (c'est cher !) ...
Retenons que le leader Tefal recommande sur sa documentation une température maximum de 260°C ... au-delà de laquelle le revètement va se dégrader, et une température d'utilisation de 190°. Cela inclut la notion de "marge" - "tolérance" - "dose admissible" ... toutes choses susceptibles de changer car en fait elles sont décidées "au-jugé", sans études convaincantes, suffisantes en nombre et vérifiées par croisements des résultats.
A cause de ces risques on peut penser que le Téflon sera un jour limité à ses très nombreux usages industriels. De nombreux pays en ont déjà de-facto limité l'usage dans les ustensiles de cuisine.
Aujourd'hui, en France, c'est probablement pour d'évidentes raisons de protection de l'emploi (Tefal - Groupe Seb) que nous n'imitons pas nos voisins européens, notamment ceux du Sud (Espagne - Italie - Portugal), qui eux cuisinent massivement dans des récipients non revètus.
On peut mieux apprécier les risques en consultant :
http://www.forum-perroquet.com/topic35.html