Dans ses expériences d'élevage croisé, Immelman (éthologue spécialisé oiseaux) a fait élever des mâles diamants mandarins par des dominos à queue longue (Lorenz, 1978). Ces mâles préfèrent ensuite les dominos à queue longue. A. Brosset (1970) a constaté de même que les tourterelles élevées par des parents d'une espèce différente, s'orientent vers l'espèce adoptive. Les deux auteurs constatent que ces oiseaux sous certaines conditions peuvent, cependant, s'orienter vers leur propre espèce ensuite.
Étude de cas : un oiseau unique est élevé et éventuellement maintenu en dépendance par une espèce adoptive
La combinaison de l'absence de fratrie, l'isolement, et du maintien en dépendance (tels les oiseaux de fauconnerie), conduit, l'oiseau, dans ce cas précis, à ignorer son espèce, voire la considérer comme totalement étrangère et l'agresser, et s'orienter vers l'espèce adoptive tant du point de vue social que sexuel. Les expériences de Immelman vont dans le même sens. Elles montrent que lorsque qu'un diamant mandarin, seul, est élevé par une espèce adoptive, il oriente ensuite sa sexualité surtout vers celle-ci plutôt que vers la sienne propre.
Étude de cas : des oiseaux sont élevés en fratrie par une espèce adoptive
Une présence et une attention constantes peuvent conduire les oiseaux élevés en fratrie à s'orienter sexuellement indifféremment vers l'espèce adoptive ou vers ses compagnons d'élevage.
C'est ainsi que les oiseaux élevés en fratrie par un imprégnateur, pour la réalisation du film de Jacques Perrin " Le peuple migrateur ", tels les pélicans blancs, copulent aussi bien avec l'imprégnateur qu'avec les compagnons de sa fratrie (Yvan Gilbert, Com. Pers.).
De même Guiton et Bateson convergent pour souligner que les individus d'une fratrie élevés par une espèce adoptive partage leurs choix sexuels envers les deux espèces plus fréquemment que le sujet qui n'a pu percevoir que des partenaires d'espèce adoptive.
Source : http://www.ornithomedia.com/pratique/de ... rt40_1.htm
Problèmes liés à la familiarisation et à l’imprégnation
Une attention particulière mérite d'être portée sur le fait de ne jamais relâcher
individu "imprégné".
Ce terme, utilisé actuellement de manière abusive pour désigner tout animal familier avec l’homme, définit en réalité les animaux ayant fait leur empreinte sur l’homme.
Ces individus ont alors de fortes chances de ne pas interagir correctement avec leur espèce, particulièrement au niveau de la reproduction, et risquent d’occuper un site favorable au détriment d’un couple de reproducteurs (Hall, 2005).
La prise en charge des juvéniles poses ainsi un réel cas de conscience. En effet, à la quasiabsence de données sur les chances de survie après relâcher d'animaux ayant bénéficié d'un élevage artificiel, s’ajoute la difficulté d'évaluer les conséquences de celui-ci sur le développement comportemental de l’animal pouvant avoir des effets négatifs à court, moyen et long terme sur les futures relations intraspécifiques de l’individu.
Pour mieux appréhender les conséquences de l'acte d'élevage sur le comportement à long terme de l’animal, il est nécessaire de se reporter aux notions d’imprégnation et de familiarisation à l’homme, deux notions utilisées couramment mais de façon fréquemment confuse ou impropre.
D’après McFarland (2001), «le processus d’apprentissage, par lequel l’attachement à la mère se développe normalement, s’appelle l’imprégnation. L’imprégnation est un processus d’apprentissage qui se passe à un stade particulier du développement et qui affecte ensuite le comportement avec les parents, les pairs et les partenaires sexuels ».
Cela va donc bien au-delà de la familiarisation qui n'enlève pas à l'individu la conscience d'appartenir à son espèce.
De nombreux exemples illustrent les propos de McFarland. Ainsi, il a été démontré que les
Pinsons à couronne blanche (Zonotrichia leucophrys) ne développent un chant adulte normal que s’ils ont été exposés au chant des adultes entre 10 et 90 jours.
Des expériences d’élevage interspécifique avec des parents adoptifs (canard et oie, pigeon et tourterelle, hirondelle de fenêtre et hirondelle rustique, etc.) montrent que, dans ce cas, les jeunes préféreront choisir comme partenaires sexuels des animaux de la même espèce que les parents adoptifs, au détriment de leur espèce propre.
Un contact bref avec des parents adoptifs tôt dans la vie exerce une influence plus forte et plus durable que des contacts sociaux de longue durée pendant la vie adulte.
Malheureusement, ce phénomène peut survenir quand le parent adoptif est l’homme. Cela a été décrit dans plus de 25 espèces d'oiseaux pour lesquelles les individus élevés à la main ont fait leur empreinte sexuelle sur l’homme. Une illustration éloquente des conséquences d’un élevage à la main depuis l’éclosion se manifeste dans certaines pratiques d’insémination artificielle dans l’élevage d’oiseaux de fauconnerie : celle-ci peut en effet être facilitée par la coopération avec le manipulateur de reproducteurs imprégnés à l'homme. Les préférences sexuelles fondées sur l’empreinte durent souvent des années.
L’ensemble des conséquences de l’empreinte sur la vie de l’animal, ainsi que la ou les périodes sensibles pendant lesquelles l’imprégnation se fait sont encore mal connues. Par exemple, l’imprégnation sexuelle des canards colverts commence vers la 4ème semaine et dure environ un mois alors qu’elle semble se situer aux environs de la 5ème et 6ème semaine chez les poussins et dès les premières semaines chez la caille.
Une hypothèse pour les espèces nidifuges est que l’imprégnation sexuelle coïnciderait avec la mise en place du plumage adulte.
Il semblerait que les influences de l’environnement sur le développement comportemental revêtent plus d’importance immédiatement après la naissance, mais pourraient s’exercer à tous les stades du développement. Une chose semble néanmoins certaine : ce que l’animal apprend pendant ces périodes l’affecte vraisemblablement pour le reste de sa vie.
Un autre élément à prendre en compte est la présence d’une fratrie. En effet, il semblerait que les poussins élevés en groupe s’imprègnent les uns sur les autres. Elever un groupe de jeunes serait donc vivement conseillé plutôt que d'élever un jeune isolé. En outre, il y aurait différentes périodes d’imprégnation, et l’imprégnation filiale serait plus précoce que l’imprégnation sexuelle.
La conséquence est que lorsqu’un jeune animal est ramassé, on peut penser qu’il a eu le temps de s’imprégner sur ses parents et que, même si l’élevage le rend familier, il retrouvera un « instinct » sauvage. En réalité, dans ce cas de figure, l’oiseau peut à la fin de son élevage se montrer plus distant avec l’homme, donnant l’impression qu’il est redevenu sauvage, mais s’il a passé la période d’imprégnation sexuelle en captivité, il n’est pas sûr qu’il puisse se reproduire dans la nature ; il est donc susceptible d’occuper un site favorable au détriment d’un couple reproducteur.
C'est donc en toute connaissance de cause qu'il faut prendre la décision d’élever un jeune : d'un point de vue éthique, il faut savoir y renoncer si l'on n'est pas certain de relâcher des individus au comportement strictement conforme à leur espèce. Sans compter que, d'un point de vue simplement pratique, ce type d’élevage mobilise beaucoup de main d'œuvre et qu'il serait dommage que ce soit en pure perte.
Par : Caroline Combet
Imprinting is a term that describes how animals decide ‘who they are’. It is a critical behavioral process in a growing animal and occurs during a period in which the young establish the concept of “parent” and “self”. Taking place early in life, it is an irreversible process. The period varies between species; ducklings imprint when 13-16 hours old while large birds of prey imprint between 2 and 5 weeks of age.
Under normal circumstances, imprinting establishes a strong bond between the young and their parents. Under less ideal circumstances, imprinting causes a young animal to recognize itself as human when raised inappropriately. Once that damage has been done, the likelihood of being able to release such an animal back to the wild is low.
Audubon Society