GCedrik a écrit:J'ai eu la chance au colloque aviaire en fin de semaine de discuter avec Marie-Thérèse d'anxiété et de dépression chez les psittacidés, et comment beaucoup de ces troubles sont créés par une absence d'identité adéquate chez l'oiseau, résultat d'une imprégnation à l'être humain plutôt que par ses parents perroquets, résultant donc en un oiseau qui ne sait pas vraiment ce qu'il est.
Avant toute chose, sache qu’aucune étude n'a permis d'établir que les troubles d'anxiété et de dépression chez les perroquets découlaient d'une absence d'identité liée au nourrissage à la main et je ne crois pas que ce soit le coeur du problème qui est bien plus complexe.
Ceci dit, je pense qu'effectivement les perroquets dont le nourrissage est fait "à la chaîne", qui sont placés seul dans des bacs sans aucune stimulation externe et avec lesquels on interagit très peu durant toute leur petite enfance n'ont certainement pas le "meilleur départ" dans la vie. Les parents perroquets veillent non seulement aux besoins physiques de leur bébé en le nourrissant, en le gardant au chaud et en lui offrant un environnement sécuritaire, mais ils assurent également un rôle primordial au niveau du développement psychologique de celui-ci : Ils s’assurent que ses besoins sociaux affectifs sont comblés, ils le stimulent, lui font découvrir son environnement et ils lui montrent petit à petit à acquérir une indépendance. C’est à ce niveau que le nourrissage par l’humain est parfois TERRIBLEMENT défaillant.
Toutefois, qu’il y ait eu carences psychologiques ou non durant l’enfance, ce n'est qu'un seul élément dans l'équation. La psychologie animale est complexe, tout comme la psychologie humaine. Tellement de choses entre en ligne de compte pour évaluer les problèmes d’automutilation, de picage et les troubles obsessionnelles compulsifs du perroquet par exemple. La preuve : Certains perroquets ayant bénéficié d’un nourrissage par leurs parents (EPP) développeront des problèmes de picage. Et il est également commun de voir des perroquets ayant été nourri à la main (EAM) et ce dans les pires conditions, mais qui s’en sortiront parfaitement bien! Comme quoi, la corrélation n’est pas si simple à faire. L’environnement du perroquet, ses conditions de vie, sa nourriture, ses interactions avec son milieu et sa famille etc, sont tous des facteurs PRIMORDIAUX à évaluer lorsqu’on fait face à un perroquet qui se pique ou se mutile. Il y a très certainement des composantes héréditaires également dans toute cette équation.
Pour reprendre ici les propos de Dr Friedman, les événements qui surviennent tout près du problème (en terme de temps) sont ceux qui sont les plus importants. Le passé a un impact, mais jamais autant que le présent. Pensez aux anneaux qui se forment lorsqu'on lance une roche dans l'eau. Les anneaux les plus près de la roche sont très visibles et agités. Plus on s'éloigne de la roche, plus les anneaux s'atténuent et perdent de l'importance. C’est ainsi que l’on doit évaluer un problème de comportement.
Précision additionnelle : On a longtemps attribué au nourrissage à la main la responsabilité de tous les maux des perroquets de compagnie (et c’est encore le cas du moins ici au Canada, parce que dans la majorité des autres pays, le débat est désuet depuis longtemps!) Entre autre chose, il a longtemps été véhiculé qu'un perroquet nourri par les humains se croyait humain et que c’est ce qui expliquait la tendance des perroquets de compagnie à vouloir s'accoupler avec l'humain et également ce qui expliquait pourquoi il nous mordait malgré la différence de taille, ne sachant pas le pauvre qu’il était perroquet et non humain. Quand on y pense, c’est un peu loufoque comme théorie, puisque même une souris nourrie par ses parents mordra l’humain si elle craint pour sa vie ou si elle a appris que cela pouvait être un moyen efficace de faire fuir l’humain. Quant à l'exclusivité face à l'humain qui se développe parfois chez le perroquet, on la retrouve également chez l'oiseau EPP....
Je peux parler par expérience personnelle puisque j'ai côtoyé aux USA pendant des mois un bassin de perroquets nourris par les parents (EPP) et d’autres nourris à la main (EAM). Les deux groupes se comportaient exactement de la même façon et ce à tous les points de vue. Le perroquet nourri par les parents cherchaient tout autant à s'accoupler avec l’humain si on encourageait ce comportement. Il est clair que la grande majorité des problèmes de comportement du perroquet comme les morsures, l'exclusivité et les comportements sexuels sont engendrés par le propriétaire lui-même, notamment par une défaillance dans l’éducation et par une relation « malsaine ».