Shamane a écrit:Loupin, Tu me fais penser à une histoire plus ou moins drôle qui m'est arrivé il y a 4 ans. J'étais partie en balade avec Cartouche en plein mois de juillet et on a un peu ambitionné sur la distance. Je n'avais pas d'eau (bravo pas génial) et tout les petits trous d'eau et étangs étaient secs depuis plusieurs jours. Les deux dernier km, j'ai transporté Cartouche sur mon dos comme tu l'a fait avec Gandalf. 45 lbs de patates sur le dos c'est lourd sur 2km. J'ai regretté d'être partie sans eau et j'ai eue peur pour mon chien. Comme quoi, il faut être prêt et informé des conditions où l'on part en balade...

À la suite de la citation que j'ai mise ci-dessus, et pour vous raconter une histoire vraie survenue à la chaleur, voici ce qui est arrivé en août 2012.
Avant de débuter, rappelez-vous que le but de ce post est d’abord et avant tout de partager, comme son nom l’indique, les "belles randonnées" que vous avez l’occasion de faire. Je vous le dis tout de suite, le présent récit est trop long (comme quelques autres de mes messages). Il débute par une belle randonnée, laquelle prend une tournure imprévue. Tous les détails du récit sont véridiques.
Début du mois d'août 2012, ce sont nos vacances. Nous allons faire une promenade à Bar Harbor, pour profiter de la proximité du parc Acadia, un parc magnifique, avec plein de beaux sentiers. Bref, un endroit à voir, à un peu moins de 500km de la maison, un havre de calme, de beauté et de simplicité, où nous pourrons aussi faire bombance.
Pour celles et ceux qui pourraient ne pas le savoir, Bar Harbor est une petite ville très typique de la Nouvelle-Angleterre, située sur une île connue sous le nom de "Mont Desert Island". L'île a été découverte par Samuel de Champlain en 1604, lequel lui a donné le nom d'Île-du-Mont-Désert parce que les plus hautes montagnes de l'île sont dépourvues de végétation et sont sur le roc lisse à bien des endroits. Les américains ont conservé ce nom. Ils l’ont tout simplement traduit en anglais, "Mount Desert Island".
En 1688, Antoine Lamothe de Cadillac (le fondateur de Détroit) s'est fait concédée l'île par le gouverneur de la Nouvelle-France. La plus haute montagne de l'île allait être désignée mont Cadillac en son honneur, je ne sais plus quand. À la fin du 19ième siècle et jusque vers le milieu des années 1930, une bonne partie de l'île est occupée par des familles de milliardaires américains, dont les Rockefeller, les Ford et les Carnegie, qui y ont construit de somptueuses maisons d'été. À cette époque, l’air climatisé n’existe pas vraiment et les personnes riches construisent leur maison d’été dans des endroits plus frais que le sud ou le centre des États-Unis.
Presque tout a brûlé lors d'un incendie majeur au cours d'un été très sec dans les années 1930: les belles propriétés et la forêt avoisinante. Les familles concernées ont ensuite cédé une grande partie de l'île à l'État du Maine pour en faire un parc, le parc Acadia.
Voilà pour la partie historique.
En août 2012, nous sommes donc en camping à Hadley's Point, un endroit calme, près d'une petite plage peu connue et où il est possible de faire nager les chiens sans interdiction ou limitation. C'est le paradis pour des chiens d'eau qui adorent s'entraîner pour le sauvetage aquatique.
Voyez le coucher du soleil, à Hadley's Point.
Pour celles et ceux qui ont l’œil photographique, mes photos ont été prises avec mon ancien appareil, donc de moins bonne qualité que mes photos plus récentes, et c'est visible à l'écran. Ce n’est qu’à la fin août 2012 que j’ai pu prendre possession de mon nouvel appareil qu' à ce moment là, j’attendais depuis 6 semaines.
Gandalf et Oolum nagent ensembles.
Oolum resplendit sous le soleil couchant.
Ci-dessous, Oolum me ramène sans hésiter dans le léger brouillard du matin.
Pour lui, c'est très facile.
Même chose avec Gaétane.
Une variation sur le thème: ramener une embarcation en difficulté.
Habituellement, elles sont plus lourdes, avec deux ou trois adultes à bord et dans le courant de la rivière Jacques-Cartier, dans un endroit calme, tout de même.
Un parfait inconnu qui a bien voulu accepter de jouer le rôle de victime.
Le havre et la ville sont un délice à arpenter lentement.
Il fait chaud. En ville, les chiens plongent dans la fontaine pour se rafraîchir.
Bref, c'est le bonheur total.
Le 4 août 2012, nous planifions une promenade dans le parc Acadia. Ce matin, nous allons faire le mont Cadillac par le sud. C'est une courte promenade d'environ 5km. Mais comme il fera chaud et qu'il s'agit d'un sentier à flanc de montagne, ce sera suffisant pour la journée.
Je charge mon sac à dos de 8 litres d'eau, deux contenants de 4 litres et un bol pour faire boire les chiens. C'est de l'eau plus qu'il n'en faut. À cela s'ajoutent plusieurs bouteilles d'eau individuelles et nos collations, de quoi pique-niquer en haut de la montagne et de redescendre dans l'après-midi. On entre dans le sentier vers les 11 :00 heures et on grimpe. Déjà il fait chaud.
À plusieurs endroits, il y a des escaliers taillés dans le roc.
Et le sentier est parfois découpé dans la falaise presque verticale.
Il commence à faire pas mal chaud. Nous arrêtons souvent pour faire boire les chiens à volonté. Nous ne sommes pas pressés.
Je me dis que Oolum et Gandalf sont entraînés pour des randonnées de 10 - 12km et que la moitié de cette distance, au ralenti, ne va pas causer de problème. Mais plus on monte, plus le roc est à nu et plus il dégage une chaleur qui s'ajoute à la chaleur ambiante du jour.
Nous nous approchons du sommet. À cette altitude le roc commence à être à nu, c’est ce qui a inspiré Champlain en 1604.
Le roc est brûlant. Les chiens sont des animaux qui se refroidissent uniquement par les pattes et par la bouche. Comme le roc est brûlant, ils ne peuvent se refroidir que par la bouche. Même si l'eau est abondante, Gandalf, mais surtout Oolum, commencent à haleter à rythme très rapide. Je ne peux pas les asperger d'eau car 8 litres ne seraient pas assez et l’eau serait perdue pour le retour. Je les laisse donc boire tant qu’ils veulent sauf qu’à un moment donné, l’eau ne suffit plus. Il faudrait qu'ils puissent se tremper carrément dans un ruisseau. C'est certain qu'au sommet, il n'y a pas de ruisseau. De plus, les lits de ruisseaux que nous avons observés plus bas sont à sec à cause de la sécheresse qui perdure. Que faire?
Retourner sur nos pas? Non, mon GPS m'indique que l'on est à un peu plus de la moitié du trajet total, ce qui veut dire qu'il nous en reste moins long à faire si on continue. De plus, la descente nous amène vers le nord-est et sera plus à l'ombre qu'un retour sur nos pas qui nous garderait plein sud sous le gros soleil. Lors des pauses obligées, j’ai quand même le temps de prendre des photos, mais le cœur n’y est plus.
Ici, nous sommes exposés au soleil, presque plein sud sur le roc brulant.
Je dois trouver un peu d'ombre pour les chiens.
Oolum s'est trouvé un coin un peu plus frais mais il halète de façon inquiétante. Il boit, il boit, mais ne peut se refroidir. Lors d'un coup de chaleur, boire de l’eau ne va pas nécessairement vous sortir du pétrin. C’est encore pire pour un chien qui ne peut transpirer comme un humain.
Gandalf semble un peu mieux, mais il montre également des signes d'épuisement.
On prend à droite et après 2,5 ou 2,7 kilomètres, nous serons de retour au départ. Il y aura aussi de l'ombre. Je garde espoir.
Les chiens doivent se reposer très souvent et je les fais boire.
Cela me laisse le temps de continuer à prendre quelques photos. La piste est marquée par des cairns, vu qu'il n'y a pas d'arbre ni possibilité de planter des piquets le long du sentier.
Je suis inquiet, très inquiet mais je ne le dis pas à Gaétane.
Dans des conditions de chaleurs extrêmes, je sais que l'eau ne suffit pas, surtout pour des chiens, lesquels ne peuvent se refroidir par la transpiration comme les humains, comme je l'ai mentionné plus haut.
Pour nous humain, les conditions ne sont pas si difficiles. Mais pour les chiens qui ne peuvent se refroidir, ça n'augure vraiment pas bien.
La vue est quand même magnifique. On voit une partie de la ville de Bar Harbor, en bas, un peu vers la gauche.
J'aimerais bien que l'on puisse se presser pour trouver un ruisseau et plus de fraîcheur, mais Oolum n'en peut plus. Je dois lui laisser la possibilité de se refroidir et de boire.
Finalement, on reprend la descente, nous n'avons pas le choix, il faut y aller.
Enfin, nous entrons dans un couvert d'arbre rabougris, ce qui a au moins l’avantage de diminuer l'intensité des rayons du soleil. Sauf que la piste devient plus difficile. Nous sommes en descente, c'est parfait, mais il y a des zones d'enrochement important dans le sentier. De gros et nombreux blocs pierres rendent la descente difficile.
On s'arrête, je donne de l'eau. Oolum boit mais il halète à grande vitesse, sans pouvoir reprendre son souffle. Il ne peut se refroidir. Que va-t-il se passer?
Je dois garder mon calme. Je me concentre et je prends de grandes et lentes inspirations pour relaxer. Je sais que je dois demeurer attentif à tout ce qui se passe et surtout, ne pas commettre d’erreur de jugement.
Nous reprenons la descente. Je dois insister pour qu'Oolum suive. Que faire? Je ne peux le porter, il est trop lourd. Allez, mon petit Oolum, encore un effort. Oolum fait l'effort. À un endroit précis, il tombe et se coince entre une grosse branche d'arbre couchée dans le sentier et un gros bloc de roc. Oolum n'a plus la force de se sortir de là. De la façon dont il est placé, je ne peux le sortir de là non plus.
Pendant ce temps, Gaétane ne se doute de rien. Elle a pris de l'avance, question de retrouver au plus vite la zone plus fraîche, se disant que je ne peux être très loin derrière. Elle ne sait pas que nous sommes dans de gros troubles, je ne lui ai rien dit. N’avoir rien dit est une erreur. Pourtant, je voulais éviter les erreurs de jugement. Mais dans des conditions difficiles, ce n'est pas si simple. Comment sortir Oolum? Je n’ai pas de levier pour déplacer cette grosse branche. J’examine minutieusement la situation. La seule façon de décoincer mon chien est vraiment de déplacer ou casser cette sacrée branche, sans le blesser dans la manœuvre. Comme le tronc est sec et passablement affaibli par le temps, je rassemble toute mon énergie et casse la branche nette. Oolum émet un petit cri de douleur mais ça ne peut pas être vraiment sérieux car j’ai pris le temps de préparer la manoeuvre minutieusement. Mais il ne se relève pas. Il n'en a plus la force. J'essaie de lui faire faire quelques pas mais non, il se traîne sur les fesses, il ne peut plus marcher.
Dans le couvert végétal et les méandres du sentier, Gaétane n'est pas visible. J’appelle, pas de réponse. Peut-être a-t-elle décidé d’aller m’attendre au stationnement qui est à peine à 1,6 ou 1,8km. Toutes sortes de pensées hantent mon esprit. Si Gaétane ne remonte pas, je ne pourrai pas laisser Oolum seul. Ou plutôt, devrais-je le laisser seul pour aller chercher du secours? C'est une question déchirante. Quelle alternative choisir? Si je le laisse seul, des gens peuvent passer et l’importuner, ou le trouver mort. Des animaux sauvages peuvent l’attaquer. Le souvenir de mon Angel me revient en mémoire, un terre-neuve de moins de trois ans que j’ai accompagné et vu partir doucement pour cause de maladie héréditaire. C'était à la clinique du vétérinaire. Je me revois aussi à l'âge de 19 ans, soutenant mon père en train de mourir dans mes bras en pleine forêt.
Non, non, je ne pourrai pas laissez Oolum seul. Je ressens une immense solitude et une tristesse profonde à l’idée d’assister à la mort prochaine de mon chien que j’aime tant, mon complice de tous les instants, celui qui gaiement, m’apporte mes bottes lorsqu’il devine que l’on ira en randonnée, celui qui à tous les jours transporte le bonheur d'une façon tellement authentique et simple au point que nous, humains, ne pourront jamais l'égaler.
Gaétane surgit et me sort de mon intense monologue intérieur. Elle a fini par s'inquiéter et est revenue sur ses pas avec Gandalf pour voir ce qui me retardait. Elle a bien dû remonter un bon 300-400 mètres qu'elle avait pris comme avance. Aussitôt Gaétane de retour, tout s’éclaircit instantanément dans ma tête. Gaétane va rester avec Oolum. Quant à Gandalf, il a retrouvé son énergie. Il a pu se refroidir malgré cette remontée qu’il a faite avec Gaétane.
Les chiens ont la capacité de détecter l’état de santé des membres de leur meute. Gandalf a les yeux brillants et effectue sans cesse des va et viens dans tous les sens, et autour de Oolum, devinant ou voulant m’indiquer que
le temps presse. Je descendrai donc avec Gandalf. Il faut répartir l’eau. Les deux contenants de 4 litres sont entammés mais il en reste suffisamment. Je remplis le contenant que je vais laisser à Gaétane et part avec l’autre, presque vide, pour Gandalf. Je laisse aussi mes bouteilles d'eau à Gaétane. Je sais, GPS à l’appui, que le stationnement et le poste d'accueil du parc n'est pas loin.
Un risque à éviter ici: en situation de crise, il faut continuer à se fier au GPS. Plusieurs personnes se sont déjà perdus en randonnée (même en ville) parce que sous le stress elles ne se fient plus au GPS. Qui n'a pas déjà entendu: "Mon GPS a fait une erreur". Avant de partir, j'enregistre les coordonnées de position sur mon GPS, au cas où j'aurais de la difficulté à retrouver l'endroit, surtout si mon retour devait être à la tombée de la nuit.
Je pars donc avec Gandalf, d'un bon pas mais assez lentement pour ne pas le faire surchauffer. Je surveille son rythme de respiration. J'arrive à une intersection, j'ai le réflexe d'appuyer sur la touche "Enter" de mon GPS pour enregistrer également les coordonnées de l'intersection des deux sentiers au cas où il faudrait remonter à la noirceur. Je sais aussi que le GPS enregistre le trajet pas à pas (fonction « Trackback »). Enfin, j'arrive à un ruisseau. Gandalf se trempe les pattes dans l'eau, mais contrairement à son habitude ne s'adonne à aucun jeu dans l'eau. Il reste plutôt planté bien droit dans le ruisseau à me regarder directement dans les yeux, la tête en l’air, en ayant l'air de me dire "qu'est-ce qu'on attend pour continuer". Sans vouloir faire a postériori de l'anthropomorphisme naïf, je suis convaincu que Gandalf, qui est quand même entraîné au sauvetage, comprenait d’instinct le but de cette marche rapide. Les chiens réagissent par instinct et conditionnement. Nous arrivons enfin à un chemin de desserte qui croise le sentier à moins de 500 mètres du poste d'accueil. De là, le trajet devient très facile. Nous arrivons au poste d'accueil autour de 15 heures 00.
Au poste d’accueil, j'expose la situation à la préposée. Elle a vite fait d'appeler le lieutenant des Rangers. Il va venir rapidement évaluer la situation. En attendant le lieutenant, je fais boire Gandalf tout son saoul et je remplis tous mes contenants d'eau. Je m’allège aussi au maximum pour la remontée qui sera rapide et je laisse mon matériel de photo dans la voiture. Donc il n’y aura pas de photo du sauvetage, si jamais il y a sauvetage. Le Ranger arrive après environ 10 minutes. Il est avec son assistante. Il me suggère de laisser Gandalf dans mon minivan. Je lui indique qu'avec cette chaleur, je préfère ne pas le laisser même si je pourrais laisser les vitres ouvertes. Je ne veux pas non plus prendre le risque de me faire voler Gandalf, un chien d'eau portugais, en laissant les vitres ouvertes. De toute façon, Gandalf a décidé. Il me ne me lâche pas d'une semelle.
Installés dans la boîte arrière de la camionnette du lieutenant, nous nous rendons à l’intersection du chemin de desserte et du sentier. Et là, nous commençons la montée. Gandalf continue de montrer une énergie étonnante. Finalement, vers les 16 :00, nous retrouvons Gaétane et Oolum qui est toujours en vie. Gaétane était certaine que nous allions revenir de noirceur. Le lieutenant examine la situation. Il palpe Oolum et essaie avec mon aide de le remettre sur pied. Rien à faire. Il m’informe qu’il faudra une unité de sauvetage avec civière. Comme le sentier est abrupt et accidenté, il appelle une équipe de 8 hommes. Ils devraient être là dans environ une heure, le temps de se rendre dans la section du parc où nous nous trouvons et de monter dans le sentier avec l’équipement de sauvetage.
En attendant l’équipe de sauvetage, j’ai le temps de discuter avec le Ranger. Il m’informe d’abord de la température, environ 33 degrés, selon nos unités de mesure. Mais sur le roc à nu, chauffé par le soleil c’est quelques, voire plusieurs degrés de plus. Il m’indique ensuite que les cas de sauvetage en été dans le parc sont souvent pour des coups de chaleurs qui affectent des chiens. Enfin, il me dit qu’en décembre 2011, ils ont eu à sortir un terre-neuve bloqué par la neige et la glace qui s’était formée sur ses pattes et son ventre, à une température près du point de congélation. En attendant l’équipe de sauvetage, le lieutenant avertit un vétérinaire pour qu’il soit en mesure de prendre un chien en urgence. Nous sommes le samedi en fin d’après-midi et, habituellement, la clinique vétérinaire de Bar Harbor est fermée. En observant le lieutenant organiser le sauvetage, je me dis qu’une équipe de 8 personnes, ça va bien me coûter une couple de mille dollars juste pour sortir Oolum du parc, à part les frais du vétérinaire qui vont suivre. Mais qu’importe, on verra plus tard.
L’équipe de sauvetage arrive 45 minutes après l’appel du lieutenant. Ils ont fait vite.
Le chef de l’unité de sauvetage est un vieux ranger qui a beaucoup d’expérience avec les chiens. C’est lui qui est responsable de presque tous les sauvetages de chiens dans le parc Acadia. Il palpe Oolum et il me dit que, en plus de son coup de chaleur, Oolum s’est fait une entorse lombaire. Il me montre exactement l'endroit, sur la colonne vertébrale, où il y a une petite enflure et un point de sensibilité à la douleur. Je vais retenir ce détail qui vient d’un homme qui dégage connaissance, sagesse et expérience.
L’équipe installe Oolum sur la civière et l’attache avec des sangles pour éviter qu’il bouge et tombe hors de la civière. Il doit être attaché la tête vers le haut de la pente. Si Oolum avait la tête en bas, son sang viendrait s’accumuler dans sa tête à cause de la pente et le reste de son corps serait moins bien irrigué, lui qui est déjà très mal en point. Je reste tout près de lui pour le tenir calme, pour ne pas qu’il panique. Heureusement il n’y a pas de problème de ce côté-là. Oolum reste bien calme, mais il faut dire qu’il n’a plus grand énergie.
Les sauveteurs prennent la civière, 4 personnes de chaque côté. Lorsque survient un obstacle, et il y en a beaucoup, la manœuvre se complique. Ils font ce qu’ils appellent la chenille. Dans cette manœuvre, les sauveteurs ne bougent pas. Ils se passent la civière d’une paire de main à l’autre sans marcher, un peu comme dans du travail à la chaîne qui serait réalisé par 8 personnes divisée en 4 groupes de deux travaillant face à face. Au lieu de marcher en tenant la civière, ils se la passent vers le bas de la pente. Les deux personnes qui sont à l’arrière et qui n’ont plus de prise sur la civière se déplacent alors à l’avant pendant que les six autres restent toujours sans bouger jusqu’à ce que deux personnes en mouvement soient arrivés à l’avant de la civière pour reprendre prise et continuer la chaîne, ou plutôt la chenille, comme ils disent. L’équipe répète la manœuvre, déplace encore la civière vers l’avant sans marcher, jusqu’à ce que les deux personnes de l’arrière n’aient plus de prises. Et ainsi de suite pour chaque passage difficile où il y a des risques d’échapper la civière.
Après environ une 1 :30 heure de descente, nous arrivons à la camionnette. On y installe Oolum confortablement. Avec l’appareil photo du lieutenant, je prends une photo du groupe de sauveteurs qui posent fièrement avec leur lieutenant. Ah que j’aimerais avoir cette photo. Je monte dans la camionnette avec Oolum, et le lieutenant, au volant, dépose Gaétane et Gandalf à notre voiture. Gaétane va nous suivre avec la voiture jusqu’à la clinique vétérinaire.
Arrivé à la clinique, il faut sortir Oolum de la camionnette. Il n’est pas capable de marcher. Nous devons le porter. Il se met alors à faire une diarrhée de couleur noire. Le vétérinaire nous explique un peu plus tard ce qui se passe. Lors d’un coup de chaleur, ce sont les muqueuses qui sont affectées en premier, celle de l’estomac et celle de l’intestin. Il se produit aussi des hémorragies internes, notamment sur la paroi intestinale, et l’animal évacue ses muqueuses et aussi le sang. Tout de suite, le vétérinaire et son assistante mettent un soluté à Oolum et font des injections. Ils pèsent Oolum. Il a perdu près de 10 livres depuis le départ en matinée. Il est 18 :00. Le vétérinaire nous suggère d’aller nous reposer un peu, de manger et de revenir vers 19 :30. Il aura eu le temps, avec son assistante, de faire un bilan complet de son état.
Le lieutenant des Rangers est toujours à la clinique avec son assistante. Je lui demande comment ça coûte et s’ils acceptent les cartes de crédits. À ma grande surprise, il m’informe que le sauvetage fait partie des services offerts gratuitement par le parc. Gaétane et moi nous nous confondons en remerciements et je demande si je peux faire au moins une donation au parc. Et là le lieutenant me dit : « Attend de voir si ton chien est sauvé et tu enverras quelques choses à la fondation du parc par la poste si le cœur t’en dis toujours ». Je lui dis « c’est promis ».
Nous sommes de retour à la clinique à 19 :15. Le diagnostic est clair Oolum fait un coup de chaleur « modéré ». Un coup de chaleur sévère aurait eu des effets encore plus dévastateurs et probablement qu’Oolum n’aurait pas survécu. Selon le vet, une demi-heure de plus et c’était trop tard pour un gros chien comme Oolum. Même avec un diagnostic de coup de chaleur modéré, la situation n’est pas rose. Malgré le fait qu’Oolum ait déjà eu quelques sacs de soluté depuis son arrivée à la clinique, sa température n’est pas encore à la normale, même si elle a diminué. Son taux de plaquettes sanguines est très faible. La raison de ce taux faible est que dans un coup de chaleur, la température interne s’élève au-dessus de la normale. À un certain niveau de température, la moelle des os (qui produit les plaquettes) commence presque à cuire (de façon imagée) et la production de plaquette s’arrête. Les plaquettes permettent au sang de coaguler et un taux faible de plaquettes accentue les saignements internes, entres autres par la paroi intestinale. À ce point, Oolum avait la peau tout picotée rouge, à cause des micros lésions que le saignement créait aussi sous sa peau.
La clinique de Bar Harbor n’est pas ouverte les fin de semaines. Le vétérinaire et son assistante sont entrés pour l’urgence mais ils ne gardent pas d’animaux à la clinique pendant les fins de semaine. Le vétérinaire nous indique donc que nous devons transférer Oolum vers un hôpital vétérinaire qui est ouvert 24 heures sur 24, situé à 75 km de Bar Harbor. Oolum ne marche toujours pas. On utilise une large sangle que nous prête le vétérinaire, pour soulever Oolum par le dessous de ses hanches afin de l’aider à marcher et à monter dans le minivan. Nous payons et prenons la route de l’hôpital vétérinaire, situé à Bangor.
Sur place, la vétérinaire de garde est déjà au courant du cas qui lui a été transmis par courriel. Elle fait d’autres prélèvements et installe Oolum pour la nuit avec des solutés et des antibiotiques et d’autres médicaments. Elle lui offre un peu de nourriture, mais Oolum la refuse. Il ne marche toujours pas. Je lui signale ce fait et ce que m’a mentionné le chef de l’équipe de sauvetage concernant la possibilité d'une entorse, mais elle m’indique qu’elle va d’abord travailler à stabiliser son état avant de songer à faire d’autres examens. Elle ajoute qu’il est normal qu’Oolum ne soit pas à même de se relever, en tout cas pour le moment. Il est convenu que je vais rappeler à 7 :00 le lendemain matin et passer vers 8 :00, puisque la vétérinaire termine son tour de garde à 8 :00.
Nous retournons au camping avec Gandalf. On arrive vers les 23 :00 heures, je l’avoue, très épuisés. Après une courte nuit d’un sommeil lourd, tourmenté et sans repos, je suis debout. J’appelle l’hôpital à 6 :45 et fait le point avec la vétérinaire. Oolum a été sur soluté toute la nuit. La vétérinaire a fait un autre bilan sanguin qui montre que le taux de plaquette ne se rétablit pas. Elle me recommande une transfusion sanguine pour aider Oolum à rééquilibrer son taux de plaquettes. Toutefois, ce ne sera pas elle qui va faire la transfusion car son tour de garde se termine à 8 :00 et il faudra d’abord trouver un gros chien donneur dans la région. Il faut comprendre que pour faire une transfusion à un terre-neuve, ça prend un gros chien. Elle me dit que son collègue qui prend la relève à 8 :00 sera au courant du dossier et que c’est à lui qu’il faudra indiquer notre décision concernant la transfusion.
À 8 :00, nous sommes à l’hôpital vétérinaire. Oolum est mieux que la veille mais il n’a vraiment pas bonne mine. Il fait toujours des diarrhées. Ses poils ont été rasés sous la queue pour cette raison, de même que sur les pattes avants pour permettre l’insertion des cathéters. Sa température est revenue à la normale mais il est toujours incapable de se lever. Le vétérinaire nous déconseille fortement que nous l’emmenions avec nous immédiatement. Cela ne nous avait même pas effleuré l’esprit. Stabiliser l’état de Oolum est notre priorité. Nous confirmons notre accord pour une transfusion. Heureusement, le donneur est déjà trouvé et ce ne sera pas trop long de le faire venir avec son maître. Nous convenons avec le vétérinaire de revenir en fin de journée vers 17 :30, avant la fin de son tour de garde pour évaluer si l’on pourra prendre Oolum avec nous et retourner en vitesse à Québec.
Nous retournons au camping à 75km et démontons notre campement. On s’installe pour le reste de la journée, à lire en attendant que le temps passe.
À 17 :30, nous sommes de retour à l’hôpital. Oolum a meilleure mine mais n’est toujours pas capable de marcher. Son taux de plaquette est encore sous la normale mais il a commencé à remonter de façon substantielle. La transfusion s’est avérée efficace. Le vétérinaire nous mentionne que l’on peut emmener Oolum, en autant qu’il fasse l’objet d’un suivi immédiatement en arrivant à Québec.
J’ai confectionné une sangle improvisée avec une des couvertures pour les chiens qui se trouvaient dans notre minivan. Je passe cette sangle sous le bassin de Oolum pour le soulever de l’arrière, ce qui lui permet de marcher sur ses pattes de devant alors que ses pattes arrières effleurent le sol. On installe Oolum le plus confortablement possible et, direction la ville de Québec. À la brunante et au début de la nuit, les forêts du Maine sont à risque élevée pour des collisions avec des orignaux ou des chevreuils. Il faut que je redouble d’attention sur la route.
Dès que l’on traverse la frontière, j’appelle un hôpital vétérinaire de Québec (ouvert 24 sur 24) pour que le personnel soit en mesure de prendre Oolum vers les 1 :00 de la nuit, heure très probable de notre arrivée à Québec. Tout est O.K. le rendez-vous est confirmé, nous allons porter Oolum à l’hôpital. Depuis la clinique de Bar Harbor, nous avons avec nous tous son histoire de cas et les actes médicaux qui ont été posés afin que la transition soit sans faille d’un hôpital à l’autre. Nous arrivons à l’heure prévue et vers les 02 :00 hres de la nuit, après un autre examen, nous convenons avec le vétérinaire de revenir à 13 :00.
À 13 :00, le vétérinaire nous dit que le taux de plaquette sanguine est maintenant normal et que l’on peut ramener Oolum à la maison, même s’il ne peut toujours pas marcher par lui-même. Il y a une légère amélioration lorsque je le soutiens mais Oolum est toujours incapable de marcher seul. À ce moment je mentionne au vétérinaire ce que m’avait indiqué le chef de l’équipe de sauvetage, concernant son entorse lombaire. J’ai la même réponse qu’à Bangor, attendons quelques jours pour voir ce qui va se passer. Il n’est pas vraiment indiqué de faire des radios dans l’état d’Oolum, surtout qu’une entorse a de bonnes chances de se replacer d’elle-même.
À moins d’imprévu, nous allons revenir dans trois jours et ensuite trois semaines plus tard pour un autre bilan sanguin. On ramène donc Oolum à la maison, avec toute une collection de médicaments à prendre, des antibiotiques, des antidouleurs, etc. À notre retour à la maison avec Oolum, nous sommes à 4 400$ d’envolés dans cet accident, en frais vétérinaire aux États-Unis et au Québec. Bon, c’est certain que l’on va être un bout de temps sans prendre de vacances, mais nous avons sauvé Oolum.
À la maison, j’emménage une rampe au dessus de l’escalier de la terrasse arrière pour faciliter les sorties et les descentes de Oolum, afin qu’il puisse aller faire ses besoins. Je perfectionne ma sangle de fortune pour l’aider à sortir. Comme nos vacances ne sont pas terminées, nous pouvons rester avec Oolum et bien s’occuper de lui, ce qui consiste à le faire sortir avec la sangle passée sous les hanches quatre fois par jour pour ses besoins et à lui faire manger de la nourriture qui va faciliter le rétablissement de ses muqueuses.
Trois jours après son retour à la maison, il s’est mis tout d’un coup à marcher normalement. Je suis à peu près certain d’avoir entendu un bon « crac » sonore au moment où cela s’est produit. Disparue, l’entorse! Après cela, tout est rentré dans l’ordre encore plus rapidement. Dix jours après son coup de chaleur, je reprenais doucement un entraînement léger à l'eau, juste un contact ludique avec l’eau pour vérifier si son intérêt pour l’entraînement avait été affecté. Au contraire, Oolum voulait travailler. Il a fallu que je le retienne, pas question qu'il s'épuise. J’ai pris des photos et j’en ai transmis, avec d'autres photos d’Oolum en pleine action avant son coup de chaleur, au directeur général du parc Acadia, avec un chèque pour la fondation du parc ainsi qu’une lettre de remerciement pour le lieutenant, son assistante et l’équipe qui a sauvé la vie de mon petit Oolum.
À la fin du mois d’août 2012, trois semaines après notre retour à la maison, nous nous rendons à notre rendez-vous à l’hôpital vétérinaire. Le vétérinaire confirme qu’Oolum est complètement rétabli. Son bilan sanguin est bien beau.
Sauf qu’à la fin du mois d'août et au début de septembre, Oolum commence à avoir des problèmes cutanés et des rougeurs un peu partout, assez pour s’en inquiéter, surtout sur un chien qui a subi un coup de chaleur. Un autre rendez-vous chez le vétérinaire est nécessaire. Cette fois, nous prenons rendez-vous avec notre vétérinaire habituel. Lors de notre retour des États-Unis, en pleine nuit, il n’était pas possible de le rejoindre d’où la nécessité de contacter un hôpital ouvert 24 sur 24. Pour une consultation plus habituelle, nous retournons chez notre « vet » régulier.
Nous lui donnons une copie complète du dossier. Il fait un bilan sanguin et confirme que tous les indicateurs sont O.K. sauf qu’il a effectué, en plus, un test de la glande thyroïde.
Le diagnostic est sans équivoque, Oolum fait de l’hypothyroïdie. L’hypothyroïdie n’est pas le résultat de son coup de chaleur, c’est plutôt un facteur héréditaire qui pourrait être en cause. En effet, à la fin du mois de juillet, avant nos vacances et le coup de chaleur, il était un peu passif, avec moins d’entrain pour ses activités aquatiques préférées. Il perdait déjà des poils de façon plus importante qu’à l’habitude et montrait aussi certains signes cutanés qui ne m’apparaissaient pas très importants à ce moment-là. Je n’avais pas vraiment noté ces symptômes, sauf qu’en rétrospective, cela m’est revenu clairement à la mémoire.
L’hypothyroïdie d’Oolum l’a affaibli et peut avoir été un facteur qui a accéléré et accentué son coup de chaleur. Le traitement de son hypothyroïdie nous aura coûté un peu plus de 800$, ce qui a porté le grand total à près de 5 500$. Oolum a eu un suivi en décembre. Tout est O.K. mais c’est possible qu’il ait à prendre des médicaments à tous les jours pendant toute sa vie. Nous verrons lors de sa prochaine visite en juin 2013. Heureusement, le coût de ces médicaments n’est pas hors de prix et sa condition, si elle est contrôlée, n’entravera pas ses activités, ce que Oolum nous a d’ailleurs démontré à de nombreuses reprises au cours des derniers mois.
Bon voilà.
Quoi dire en terminant?
Une seule chose : les messages de ce post visent avant tout à partager nos belles randonnées.
Ce n’est pas ce que j’ai fait avec cette longue histoire, et je ne voudrais pas que les messages de belles randonnées avec plein de photos arrêtent d’apparaître sur ce post à cause du récit de ce qui est arrivé à Oolum.
